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Site archéologique Cartier-Roberval

Le site archéologique Cartier-Roberval est situé au confluent de la rivière du Cap Rouge et du fleuve Saint-Laurent, au 4079, chemin Saint-Louis, Québec. Ce site témoigne de la première colonisation française en Amérique.

Ce site historique est actuellement en chantier, cliquez ici pour suivre l’infochantier des travaux.

La découverte du site archéologique Cartier-Roberval

En 2005, des vestiges de la colonie installée par Jacques Cartier et Jean-François de La Rocque de Roberval à partir de 1541 sont mis au jour. Devant l’importance de la découverte, le gouvernement, par l’entremise de la Commission, lance un vaste programme de fouilles archéologiques afin de protéger ce lieu historique unique et de permettre aux générations actuelles et futures d’en bénéficier pleinement. 

La Commission a fait appel au ministère de la Culture et des Communications pour participer à la recherche sur le terrain et assurer la diffusion des résultats des travaux. Ces deux partenaires gouvernementaux ont été assistés de plusieurs autres, dont les universités, pour les volets scientifiques du projet. La Commission s’est dotée d’une équipe d’archéologues chevronnés pour réaliser le programme de fouilles.

Plus de 6 000 artefacts retrouvés

Plus de 6 000 artefacts du 16e siècle ont été mis au jour ainsi que les vestiges d’au moins cinq aires de construction. Des objets et des restes d’aliments de luxe laissent supposer qu’un secteur était réservé à l’élite. La présence de poterie iroquoienne et de restes de plantes attestent d’échanges entre Français et Autochtones.

D’autres objets révèlent par ailleurs qu’on cherchait activement des métaux précieux, mais le site recèle encore bien des mystères que des chercheurs de l’Université Laval tentent d’éclaircir.

Consolidation de la falaise

Conformément au mandat qui lui a été confié par le gouvernement, la Commission a mis en place un dispositif permettant de limiter l’impact de l’érosion sur l’intégrité du site. Tous les efforts ont été déployés pour que l’intervention soit sans conséquence sur les vestiges localisés dans la zone visée par les travaux;  la Commission s’est assurée de récupérer le maximum de l’information archéologique qui y était contenue.

Après avoir procédé à la stabilisation de la frange supérieure de la falaise, la Commission a édifié le mur mémoire Cartier-Roberval. Ce grand mur est un ouvrage d’ingénierie, mais surtout une œuvre d’art commémorant la riche histoire du lieu.

La Colonie retrouvée, une exposition immersive

L’exposition La colonie retrouvée a été présentée au Musée de l’Amérique francophone de 2013 à 2019. 

Voici ce qu’en disait le communiqué de presse émis lors de son ouverture :

Jusqu’ici méconnue, l’épopée de ces premiers Français d’Amérique se livre enfin. La passionnante découverte d’une page inédite de notre histoire qui a fait vieillir le Québec de plus de 65 ans! Cette exposition originale et immersive met en valeur les artefacts et les recherches effectuées au site archéologique Cartier-Roberval. Au programme : récits sonores, créations vidéos uniques, première représentation du fort, scénographie multimédia et une centaine d’objets du 16e siècle.

L’unité mixte de recherche Capitales et patrimoines

La Commission de la capitale nationale du Québec et l’Université Laval ont conclu une entente de collaboration pour la création de l’Unité mixte de recherche Capitales et patrimoines (UMRcp). Cette unité de recherche a pour mission d’établir, à l’échelle internationale, un pôle d’expertise d’avant-garde dans le domaine de l’étude et de la mise en valeur du patrimoine de capitales.

Le premier projet de l’UMR-cp est de réaliser un programme de recherche consacré au site archéologique Cartier-Roberval. Apprenez-en plus ici.

Pour en savoir davantage

Rendez-vous sur Flickr pour consulter notre galerie de photos du site archéologique et du chantier de fouilles. Des vignettes explicatives détaillées permettent de comprendre les recherches et les trouvailles du site Cartier-Roberval. Les photos sont groupées en quatre grands thèmes: Histoire et contexte du siteFouilles archéologiquesConservation et préservation des objets et Artefacts.

Consultez également cet article sur le site archéologique Cartier-Roberval:

Vue aérienne du secteur de cap-rouge

Plusieurs éléments expliquent pourquoi des gens choisissent de s’établir à un endroit plutôt qu’à un autre. Ces facteurs varient énormément en fonction des groupes culturels et de leurs modes de vie ainsi que, bien sûr, des époques. Les êtres humains peuvent choisir un lieu parce qu’il leur permettra de bien se défendre contre l’ennemi, de cultiver des bonnes terres à proximité, d’être à l’abri du vent (ou le contraire durant la saison des moustiques), d’avoir accès à de l’eau potable ou d’être près d’une voie de communication qui facilitera leur déplacement. Leur mode de vie, qu’il soit sédentaire ou nomade, guide donc leurs choix. Le choix du cap Rouge n’est donc pas le fruit du hasard. L’endroit offre la possibilité de faire mouiller ses navires à l’embouchure de la rivière, à l’abri des grands vents du fleuve, et la vue sur le promontoire constitue un atout incontestable pour se défendre.

© Pierre Lahoud

Illustration iroquoiens

Cette découverte rappelle également le choc des cultures amérindienne et européenne. Les nouveaux arrivants ont alors dû composer avec les chefs et les bandes bien organisées des groupes amérindiens qui vivaient près du fleuve. Et les choses avaient bien changé au début du 17e siècle lorsque Samuel de Champlain est arrivé sur les lieux. Le projet Cartier-Roberval permet donc de revisiter une période fascinante, dynamique et mystérieuse sur laquelle nos livres d’histoire sont quasi muets.

© Vidéanthrop

RESTITUTION DE LA « GROSSE TOUR » DU FORT D’EN HAUT

Bien que l’établissement ait probablement été construit par Cartier, la description des lieux est plus complète dans le récit de Roberval. Cartier se limite à dire qu’il fait construire le fort d’en haut pour protéger le fort d’en bas. De son côté, Roberval insiste davantage sur le fort d’en haut, ce qui semble indiquer qu’il s’agit de la partie la plus importante de l’établissement colonial. Il cite notamment deux corps de logis, deux tours, dont une de quarante à cinquante pieds avec différentes pièces, des moulins, un poêle pour chauffer les gens, un puits et une fontaine. De plus, puisqu’il s’agit d’une tentative coloniale, il devrait y avoir aussi des espaces pour engranger les grains, un lieu pour les bestiaux, ainsi que divers espaces pour les fonctions agricoles, militaires (poudrière, armurerie, etc.) et industrielles (forge).

Quant au fort d’en bas, Cartier n’en parle pas beaucoup plus. Par contre, Roberval nous dit qu’il y avait une tour à deux étages, avec deux bons corps de logis où les victuailles étaient conservées ainsi que tout ce qui avait été apporté de France.

© Michel Bergeron, ethnologue et maquettiste

JEAN DE LA ROQUE, SEIGNEUR DE POIX-EN-ROTHELOIS, SIEUR DE ROBERVAL-EN-VALOIS

Le portrait de Jean-François de La Rocque provient de la remarquable collection de la reine Catherine de Médicis, important mécène et grande collectionneuse d’art en son temps. Ce dessin est l’œuvre du peintre Jean Clouet, portraitiste officiel de François 1er, et est la preuve que Roberval fréquentait la noblesse de cour. Ce portrait au crayon se retrouve parmi l’inestimable collection des 310 crayons de cour de France conservés au musée Condé à Chantilly.

Le dessin est daté autour de 1535 et a été exécuté sur papier, au crayon noir et à la sanguine. Cette technique aux deux crayons, pierre noire et sanguine, a précisément été mise au point en France à la fin du 15e siècle afin de dessiner les modèles vivants de manière plus réaliste (effet de lumière, ombre, relief). Sur le portrait, La Rocque est disposé aux trois quarts, les yeux fixant l’horizon. Les traits du visage sont fins et la barbe est plutôt courte. Le seigneur de Poix est coiffé d’une toque qui s’incline légèrement vers l’oreille gauche. Les lignes de son costume sont à peine esquissées.

Le titre du portrait, Jean de la Roque, seigneur de Poix-en-Rothelois [sic], sieur de Roberval-en-Valois, trouve son explication dans les fiefs que l’homme possédait. Si on le nomme Roberval, c’est donc en référence à une terre de Picardie qui lui vient de sa grand-mère. Quant à la seigneurie de Poix, Étienne Moreau-Nélaton, dans une notice biographique écrite en 1908, révèle qu’elle a valu à La Rocque le surnom de « Lesleu de Poix ».

C’est qu’en ce 16e siècle, les familiers de la cour de France étaient surnommés. Les mots « l’élu de Poix » est un surnom que François 1er attribua à Roberval. Étant seigneur de Poix, La Rocque était donc l’élu de l’« élection de Poix » et, à ce titre, était chargé de percevoir les impôts. L’appellation apparaît ironique et péjorative pour ce « petit roi de Vimeu » qui devint lieutenant général de la première colonie française d’Amérique.

© Art Resource, NY

VUE DE LA PARTIE SUD DU SITE À L’ÉTÉ 2010

Le travail de l’archéologue ne se limite pas à effectuer des fouilles sur un terrain. Il s’agit d’une recherche scientifique qui doit ultimement le conduire à interpréter l’histoire d’un lieu.

Comme toute démarche scientifique, l’archéologie comprend toujours un problème à élucider (problématique de recherche), une avenue à explorer (stratégie de travail) et une méthode à privilégier pour atteindre les objectifs de recherche visés. La recherche archéologique n’est pas simple. Comme il est même plutôt complexe de donner un sens à ce qui est trouvé, la méthode archéologique comprend deux volets indissociables : le travail sur le terrain et les analyses en laboratoire.

© CCNQ, Annie-Claude Murray

SONDAGES MANUELS

Dans tous les cas, l’excavation rapide s’arrête une fois que les niveaux prometteurs sont atteints et est remplacée par des sondages manuels. D’autres sondages, plus extensifs, ont permis une identification précise des éléments en place. Au besoin, ils ont été suivis d’une fouille minutieuse.

© CCNQ

DÉCOUVERTE D’UN TESSON DE VASE IROQUOIENS

Dès le début des recherches archéologiques sur le site du fort d’en haut de Cartier et de Roberval, des éléments matériels de la culture des Iroquoiens du Saint-Laurent sont apparus. D’abord, des fragments de vases en céramique décorés de motifs géométriques typiques puis des éléments en pierre taillée furent découverts en association directe avec le niveau d’occupation du 16e siècle.

Outre les artefacts, les récits historiques livrés par Cartier et Roberval eux-mêmes indiquent une fréquentation iroquoienne du lieu.

© CCNQ

FOUILLES ARCHÉOLOGIQUE SUR LE SITE CARTIER-ROBERVAL

La découverte du site Cartier-Roberval en 2005 n’était que la pointe d’un iceberg. Il n’y avait alors aucun moyen de savoir ce qu’il y avait dans le sol et de déterminer l’étendue du site sans procéder à des interventions archéologiques. Même si plusieurs techniques scientifiques, comme la résistivité électrique et le géoradar, sont souvent employées pour donner aux archéologues des indications plus précises, elles ont leur limite lorsqu’il s’agit de détecter la présence humaine.

L’établissement français du 16e siècle sur le promontoire de Cap-Rouge n’a pas laissé de traces monumentales, ce qui a amené les archéologues à utiliser aussi les bonnes vieilles méthodes traditionnelles : les fouilles, les sondages exploratoires et leur flair !

© CCNQ, Richard Fiset

STRATIGRAPHIE – PAROI ENDUITE DE LATEX

Une stratigraphie est la succession des couches sédimentaires à un endroit donné, et son étude permet à l’archéologue d’établir la séquence des activités humaines et naturelles sur un site. Il y parvient en établissant un rapport entre les dépôts de sols naturels et ceux dus au passage de l’homme.

L’examen des couches du site Cartier-Roberval a permis de recueillir de précieux renseignements. Outre les éléments du contenu, artefactuel ou écofactuel, la connaissance des sols revêt une grande importance pour faire les comparaisons utiles d’un endroit à l’autre du site et, le cas échéant, pour comprendre le processus de formation des couches de sol dans le temps.

Nous avons appliqué le principe de la stratigraphie sur la paroi nord du site Cartier-Roberval, parce qu’elle est représentative de l’histoire du site. Pour ce faire, on prend «l’empreinte» de la terre et de ses nombreuses couches d’occupation en appliquant sur la paroi des couches de latex à moulage – idéalement une dizaine – pour consolider le sol. Pour renforcer le latex, on ajoute de la fibre de verre, ce qui forme une sorte de plâtre. Puis, les premières couches, diluées avec de l’eau, sont pulvérisées sur le sol friable pour le fixer en place.

Le produit est ensuite brossé directement sur la surface. Ce procédé doit être effectué avec patience et minutie, puisqu’on doit attendre que chaque couche soit totalement sèche avant d’en appliquer une autre. D’abord blanchâtre, le latex devient transparent lorsque sec, mais acquiert une coloration beige au moment où les couches s’ajoutent les unes aux autres.

© CCNQ, Véronique Demers

BLANDINE DAUX DU CENTRE DE CONSERVATION DU QUÉBEC EN PLEIN TRAVAIL DE RESTAURATION

La conservation s’inscrit dans un cadre beaucoup plus large que la restauration proprement dite. Elle vise d’abord la préservation des biens culturels dans tous les aspects de leur vie, depuis leur découverte et leur prélèvement jusqu’à leur mise en valeur. La conservation et la restauration ne sont pas deux actions séparées ou en opposition, mais les deux volets d’un même processus dont il est parfois malaisé de dire où commence l’un et où finit l’autre. Par exemple, le remontage d’un vase peut être nécessaire afin d’en assurer la conservation; la réalisation de supports et de formes spéciales de protection pour l’exposition et le transport sera aussi souvent du ressort du restaurateur.
Quoi qu’il en soit, les préoccupations du restaurateur sont de plus en plus orientées vers les questions reliées à la conservation préventive, c’est-à-dire destinée à empêcher la détérioration des objets. Le but ultime de cette approche est de contribuer à préserver une petite partie des archives matérielles de l’humanité, non pas par l’application mécanique de recettes, mais par un véritable changement d’attitudes, dans le respect de notre héritage culturel constamment menacé par la négligence ou l’ignorance.
Quant à la restauration, c’est le traitement requis sur les objets afin de leur redonner un aspect plus proche de celui qu’ils avaient avant leur détérioration. La restauration peut être doublée d’un traitement de conservation qui permettra de stabiliser l’état de l’objet.

© Centre de conservation du Québec

SÉLECTION DE TESSONS RECOLLÉS ET DESSINS CORRESPONDANTS

Le remontage, c’est l’assemblage des tessons de céramique et des fragments de verre dans le but de reconstituer un objet entier pour identifier sa forme et déterminer sa fonction. Cette étape a cours si la reconstitution s’avère impossible à faire lors de l’analyse préliminaire. Comme pour le traitement des artefacts, cette activité requiert quelques connaissances préalables, du doigté, un bon sens de l’observation et énormément de patience!

Avant de procéder à toute tentative de remontage, il y a lieu de s’informer auprès des spécialistes en conservation afin d’en savoir plus sur la méthode à adopter. Cela permet d’éviter l’irréparable après le remontage et, ainsi, l’altération de l’objet.

Par exemple, l’usage d’un ruban autocollant, de préférence un papier-cache adhésif, est recommandé pour un premier assemblage, puisqu’il laisse peu de traces sur les fragments assemblés. Ce remontage doit toutefois être temporaire (quelques heures seulement), car le papier-cache pourrait laisser des traces indélébiles sur la surface des objets. Évidemment, les pâtes poreuses sont plus à risque. Il s’agit donc un matériau à utiliser avec circonspection, en respectant certains paramètres.

© Marc Gadreau, MCC

CONSOLIDATION D’UNE PIÈCE DE BOIS

Les travaux les plus délicats ont été exécutés lors de la découverte de pièces de bois calcinées. Assez nombreux sur le site, ces éléments étaient parmi les plus fragiles et les plus difficiles à extraire. Dans ces cas, nous avons dû procéder très soigneusement en employant de plus petits outils.

La fouille s’est effectuée d’une façon très minutieuse, tout en veillant à la consolidation des pièces de bois au fur et à mesure. Le travail s’est alors fait par étapes :
• on nettoie les pièces de bois;
• on les consolide;
• on les laisse sécher;
• on poursuit le nettoyage et le décapage graduel de la couche.

L’objectif d’une telle attention consiste à tenter de comprendre la distribution des pièces dans une dépression couvrant une superficie d’environ un mètre sur deux mètres.

Si la fouille est difficile, la conservation des vestiges en bois ou en pierre représente un de nos plus grands défis. Les interventions les plus délicates ont été effectuées sous la supervision d’André Bergeron du Centre de conservation du Québec.

© CCNQ, Véronique Demers

FRAGMENT DE CONTENANT EN FAÏENCE ITALIENNE

Puis, un défi de taille était lancé aux archéologues. Ils devaient identifier un fragment de faïence italienne découvert au cours de l’inventaire fait par Yves Chrétien en 2005, un type de céramique qui était inconnu jusqu’à maintenant au Québec. Il a fallu consulter la documentation scientifique pour trouver des objets comparables et, heureusement, cette quête a porté ses fruits : l’identification du matériau et du style du décor a permis de situer la fabrication de ce bol à la première moitié du 16e siècle. De plus, l’apparition de ce contenant luxueux sur le site Cartier-Roberval indique la présence d’occupants aisés au sein de l’établissement.

© CCNQ

BAGUE À CHATON EN FORME DE CŒUR

Certains objets retrouvés en quelques exemplaires peuvent être considérés comme étant des biens probables de traite. C’est le cas notamment des petites clés et bagues en laiton. Même constat en ce qui a trait aux hameçons, dont le nombre demeure relativement important dans la collection matérielle récoltée lors des campagnes de fouilles de 2005 à 2008. En ce qui concerne les perles de jais et de verre, elles servent davantage à parer l’habit des occupants du fort qu’à être des objets de troc.

D’après les découvertes qui ont été faites sur le terrain, l’archéologie semble bien corroborer les récits des colonisateurs à propos d’échanges intervenus entre les gens de l’Ancien et du Nouveau Monde.

© CCNQ

NOYAU D’OLIVE

Parmi les restes végétaux, on compte le raisin cultivé et l’olive. Les graines ont été davantage associées à une fonction alimentaire qu’à une vocation agricole, puisqu’à l’époque on procédait à la reproduction des pousses par clonage. Leur présence sur le site n’en est pas moins intéressante, car elle présuppose de vastes réseaux d’approvisionnement des bateaux, étant donné que ces aliments sont surtout associés à la région méditerranéenne. Les raisins et les olives étaient des aliments particulièrement prisés pour le transport sur de longues distances, puisqu’ils demeurent longtemps propres à la consommation après avoir été séchés. D’ailleurs, ils sont fréquemment mentionnés dans les comptes d’approvisionnement des bateaux espagnols au 16e siècle. Cependant, en contexte français, leur acquisition nécessitait probablement plus de moyens financiers qu’en possédait le commun des mortels. Leur consommation pourrait donc être associée à la présence d’officiers et d’individus au statut social plus élevé sur le site. Cette idée se trouve renforcée par la découverte d’artefacts associés à la noblesse dans le même secteur du site.

© CCNQ

REBORD DE VASE IROQUOIEN

Le troc est une forme de transaction commerciale qui se traduit par l’échange direct d’un bien contre un autre. Dès les premiers temps de la colonie, Français et Amérindiens se sont adonnés au troc. Le but? Échanger des marchandises, subvenir aux besoins, sceller des alliances. La couche d’occupation du 16e siècle sur le site Cartier-Roberval a livré du matériel et des restes végétaux, indices probables du troc entre Européens et Amérindiens.

Tous les tessons observés appartiennent au Sylvicole supérieur (période de la préhistoire amérindienne qui débute vers l’an mil de notre ère et précède l’arrivée des Européens) avec, dans certains cas, des traits stylistiques tardifs tout à fait compatibles à ceux du 16e siècle.

Le plus gros fragment, en particulier, montre un agencement triangulaire de ponctuations sous une crestellation et une décoration du parement avec des motifs géométriques de lignes dentelées. La base du parement est décorée d’encoches à l’ongle, et l’épaule montre une bande de ponctuations au roseau surmontant un ajout plastique marqué de lignes verticales, puis une série de cinq lignes horizontales.

Cet agencement de traits distinctifs est caractéristique de la phase tardive des Iroquoiens du Saint-Laurent. Mais autour de cet exemple évident, d’autres fragments de vases moins typiques découverts au site de Cap-Rouge illustrent en partie la variabilité de la production céramique de cette époque.

© Centre de Conservation du Québec, Michel Élie.