Parcs

Promenade Samuel-De Champlain

CCNQ, Jonathan Robert

Histoire de la promenade Samuel-De Champlain


Premières nations et archéologie
 

Une terre ancienne

Pour comprendre l’histoire de l’occupation du lieu touché par la promenade Samuel-De Champlain, il faut fermer les yeux et imaginer…Il y a 20 000 ans, tout l’espace était recouvert de glaciers; lors de leur fonte, il y a près de 12 000 ans, les mers de Goldwait et Champlain naissent. Ce phénomène laisse alors apparaître une île formée d’un promontoire qui s’étend de Québec à Cap-Rouge, puis le niveau baisse jusqu’au niveau actuel. Les terres ainsi libérées sont occupées par des chasseurs-cueilleurs amérindiens. Plus récemment, il y a environ 6 000 ans, les eaux du Saint-Laurent remonteront pour s’établir à l’altitude de l’actuel boisé Irving, dans sa portion supérieure.

Vue aérienne du boisé Irving © CCNQ, Jean-Philippe Servant

Vue aérienne du boisé Irving
© CCNQ, Jean-Philippe Servant


Une rive accueillante

Ces mers laissent des dépôts glaciaires, du gravier, du sable et de la boue marine qui façonnent le sous-sol de la région. Certains phénomènes géologiques sculptent le territoire « étagé » de Québec et créent ainsi le lit du fleuve Saint-Laurent. Le fleuve est alors un cours d’eau majestueux qui traverse un grand territoire donnant un accès facile aux deux rives et à leurs nombreuses anses – ici le fleuve est tellement étroit que les autochtones le nomment Québec*.

* Ce nom est dérivé d’un mot algonquin signifiant « rétrécissement ».



Outils bifacaux, 2003 © CCNQ, Yves Chrétien
Outils bifacaux, 2003
© CCNQ, Yves Chrétien


Des découvertes archéologiques étonnantes

En effet, en 2003, un rapport sur des fouilles archéologiques effectuées sur le site du boisé Irving nous apprend que des couteaux, des racloirs, des pointes de flèches et des vestiges de foyers ont été retrouvés témoignant de l’occupation humaine de ce site à l’époque dite de l’Archaïque laurentien (8 000 à 3 000 ans avant aujourd’hui). 


La Nouvelle-France
 

L’arrivée des gens d’outremer

Au XVIe siècle, des Européens accostent sur ces rives, mais ils ne viendront véritablement s'y établir qu'au début du XVIIe siècle. L’aventure européenne à Québec s’amorce donc avec la fondation de Québec par Champlain, explorateur français, le 3 juillet 1608. Ce n’est qu’en 1637 cependant que débute l’occupation proprement dite de la rive du Saint-Laurent à la hauteur de ce qu’on connaît aujourd’hui sous le nom de Sillery*.

* Nous utiliserons souvent ce terme puisqu’il est le toponyme utilisé depuis 1678 pour ce secteur de Québec. Il est aussi le lieu d’intervention de la Commission de la capitale nationale du Québec pour le projet de la promenade Samuel-De Champlain.

 
Les robes noires à Sillery

Les premiers établissements européens dans ce secteur sont réalisés par les jésuites, communauté religieuse venant de France et dont la mission principale est l’apostolat. C’est donc en 1637 que les jésuites établissent, selon un modèle utilisé au Paraguay, la mission Saint-Joseph dans le but d’évangéliser et de sédentariser les Amérindiens. Les jésuites opéreront cette mission pendant plus d’un demi-siècle. À la fin de la décennie 1680, les Amérindiens (Algonquins, Montagnais, Hurons et Abénaquis) quittent définitivement Sillery en raison de l’épuisement des terres et de la rareté du bois de chauffage. Dans la seconde moitié du XXe siècle, plusieurs fouilles archéologiques ont permis de documenter l’histoire de cette mission, notamment celle de la maison des Jésuites.

Mission Saint-Joseph, Carte des Environs de Québec en La Nouvelle-France « Mezuré Sur Le Lieu Tres-Exactement, en 1685 et 1686. » (detail) © Robert de Villeneuve : Musée de la civilisation

Mission Saint-Joseph, Carte des Environs de Québec en La Nouvelle-France « Mezuré Sur Le Lieu Tres-Exactement,
en 1685 et 1686. » (detail)
© Robert de Villeneuve : Musée de la civilisation


Soigner les Amérindiens

Pour un temps, la Compagnie de Jésus (jésuites) ne sera pas le seul ordre religieux français à Sillery. En 1640, les augustines, sœurs hospitalières, font construire un hôpital un peu à l’ouest de la maison des Jésuites afin de prodiguer des soins aux autochtones. Toutefois, leur séjour à Sillery sera de courte durée puisqu’elles délaisseront le site de Sillery dès 1644 préférant s’installer dans la haute-ville de Québec, à l’abri des Iroquois.

L’Hôtel-Dieu et la maison des Jésuites © Archives du Monastère des Augustines de l’Hôtel Dieu de Québec
L’Hôtel-Dieu et la maison des Jésuites
© Archives du Monastère des Augustines de l’Hôtel Dieu de Québec


Un homme généreux

Les jésuites et les augustines ne sont pas seuls à occuper ces rives. Parmi les habitants, Pierre de Puiseaux laissera son nom à une pointe éponyme. Il arrive en Nouvelle-France en 1637 après s’être fait concéder une terre de 100 arpents* à l’est de la pointe qui porte toujours son nom. La petite histoire raconte qu’en 1640, il loge trois sœurs augustines pendant la construction de leur hôpital. À l’hiver 1641-1642, Pierre de Puiseaux met aussi sa résidence à la disposition des désormais célèbres Paul de Chomedey de Maisonneuve et Jeanne Mance qui iront fonder Ville-Marie (aujourd’hui Montréal) le printemps suivant. Les vestiges des voûtes Puiseaux furent sauvés in extremis dans les années 1950 pour disparaître lors de la construction du boulevard Champlain dans les années 1960. [Source]

* L’arpent est une mesure de longueur couramment utilisée en Nouvelle-France pour définir la proportion des terres concédées. L’arpent contient 10 perches et mesure 58,40 mètres.

 
Retour au calme

Les augustines, les Amérindiens et les jésuites ayant tous quitté les lieux à la fin du XVIIe siècle; la nature reprend donc ses droits au bord du fleuve.

La grande époque du bois

 
Les habits rouges

La rive et ses nombreuses anses connurent des usages bien différents sous le Régime britannique (1763-1867). L’anse au Foulon, premier témoin du changement de régime, fut le lieu où la destinée des Français établis ici allait changer son cours.

Débarquement des troupes anglaises à l’anse au Foulon, le 13 septembre 1759. © Bibliothèque et Archives Canada, C-000359

Débarquement des troupes anglaises à l’anse au Foulon, le 13 septembre 1759.
© Bibliothèque et Archives Canada, C-000359


C’est là, au matin du 13 septembre 1759, que débarquèrent le major-général anglais James Wolfe et ses troupes avant de se hisser sur les plaines d’Abraham et d’y défaire l’armée menée par le lieutenant-général français Louis-Joseph, marquis de Montcalm. Après cette défaite de l’armée française, Québec sera sous la gouverne britannique.

Sur l’onde, des bateaux … et des trains

Dès 1806, le blocus continental de Napoléon prive la Grande-Bretagne de son approvisionnement traditionnel en bois venant des pays scandinaves. Elle réquisitionne alors le bois produit dans ses colonies et le Québec de l’époque regorge de cette richesse. L’âge d’or économique des anses de Québec viendra donc par le bois et plus tard, par la construction navale.

Trains de flottaison, vers 1870 © Bibliothèque et Archives Canada, C-150716

Trains de flottaison, vers 1870
© Bibliothèque et Archives Canada, C-150716


En effet, la métropole s’est tournée vers la colonie bas-canadienne* afin d’y puiser les ressources nécessaires au maintien de sa flotte de guerre. Une activité intense et effervescente s’y déroule. Ouvriers de toutes sortes y travaillent et y logent. Le bois, récolté notamment dans l’Outaouais (région située à 500 km de Québec), est acheminé par flottage en immenses « trains » sur les rivières, puis sur le fleuve jusqu’aux anses de Sillery. Le bois brut y est équarri et chargé sur des navires à destination de la Grande-Bretagne. L’abondance du bois entraîne l’essor de la construction navale amenant même de grandes compagnies navales à s’installer à Québec.

* À cette époque, on parle du Bas-Canada plutôt que du Québec.

 
Les pieds dans l’eau du Saint-Laurent

Pendant près d’un siècle donc, des milliers d’ouvriers, majoritairement canadiens-français et irlandais, œuvreront comme cageux, manœuvres, équarrisseurs, scieurs de long, calfats ou poseurs de bordé et vivront, comme le chante Gilles Vigneault à propos de l’un d’entre eux, Jos Montferrand, « Le cul su'l'bord du Cap Diamant, [et] les pieds dans l'eau du Saint-Laurent ».

Les anses à bois à Sillery, 1891 © Bibliothèque et Archives Canada, C-006073

Les anses à bois à Sillery, 1891
© Bibliothèque et Archives Canada, C-006073


Le pont de Québec


Un colosse d’acier

À Québec, l’utilisation du bateau comme moyen de transport a longtemps eu la préférence. Le fleuve, voie de communication par excellence durant plus de deux siècles, constitue cependant un obstacle de taille à l’ère du chemin de fer. On rêvera longtemps d’un pont qui permettrait au train d’enjamber le majestueux fleuve pour atteindre la capitale.

Dès le milieu du XIXe siècle, des études furent réalisées dans le but d’évaluer la faisabilité de sa construction. Ce n’est finalement qu’en 1900 que les travaux débutèrent. L’édification du pont de Québec ayant été ponctuée de deux tragédies mortelles en 1907 et en 1916, le premier convoi n’y passera qu’en décembre 1917.

Construction du pont de Québec, 1916 © Archives nationales du Québec à Québec

Construction du pont de Québec, 1916
© Archives nationales du Québec à Québec


Le cheval de fer

Parallèlement à la construction du pont, une voie ferrée est implantée en bordure du fleuve par la compagnie de chemin de fer National Transcontinental, aujourd’hui le Canadien National. Ces travaux eurent un impact majeur dans le paysage, créant une première barrière permanente au fleuve pour la population. La maison des Jésuites se trouva ainsi enclavée entre falaise et rails, alors qu’elle avait été précisément édifiée en bordure de la voie de communication fluviale près de trois siècles plus tôt. De plus, pour permettre le passage de la voie ferrée, on sacrifiera plusieurs mètres du promontoire de la pointe à Puiseaux.


Sillery et le boulevard Champlain
 

Voitures et hydrocarbures: L’or noir
 

Le paysage des berges change radicalement lors de la grande dépression des années 1930. En effet, dans le but de remettre au travail les nombreux chômeurs victimes de la crise économique, les autorités permettent l’établissement d’installations pétrolières
en bordure du fleuve. D’entrepôts de madriers à ciel ouvert qu’elles étaient, les anses de Sillery deviennent le lieu d’accueil de multiples réservoirs d’hydrocarbures. Durant un demi-siècle, ces cylindres géants ponctueront le cours du fleuve de l’anse au Foulon jusqu’au pont de Québec.

Construction du pont de Québec, 1916 © Archives nationales du Québec à Québec

Vue aérienne des réservoirs Irving
© Ville de Québec


Malgré les entraves que forment la voie ferrée et les citernes de produits pétroliers, les habitants de la région visitent quand même en grand nombre les plages Saint-Michel et du Foulon.                        

Plage du Foulon © Archives nationales du Québec à Québec, Laval Couët

Plage du Foulon
© Archives nationales du Québec à Québec, Laval Couët


Un fleuve asphalté

L’augmentation de la circulation automobile entre les deux rives du Saint-Laurent dans la période d’après-guerre amène les autorités à lancer la construction du boulevard Champlain dont les travaux s’étendront de 1960 à 1970. Ces derniers sonneront définitivement le glas de la villégiature en bordure du fleuve à Sillery, à l’exception des activités nautiques du Yacht Club de Québec.

Vue du boulevard Champlain en construction, 1962 © Archives de la Ville de Québec

Vue du boulevard Champlain en construction, 1962
© Archives de la Ville de Québec


Ce boulevard, dernière transformation majeure sur la berge du Saint-Laurent jusqu’à ce jour aura entraîné la disparition d’une grande partie du chemin du Foulon et le remblaiement d’une large bande du littoral, créant ainsi un rivage artificiel et inhospitalier coupant l’accès au fleuve à tous les résidents… sauf à quelques irréductibles pêcheurs ... qui encore aujourd'hui pratiquent le loisir de leurs pères et grands-pères.

Les pêcheurs, 1950 © Archives nationales du Québec à Québec, J.W. Michaud

Les pêcheurs, 1950
© Archives nationales du Québec à Québec, J.W. Michaud


Quand l’autoroute devient promenade

C’est l’objectif de redonner le fleuve et ses berges aux Québecoises et Québécois qui incite la Commission et ses partenaires à requalifier un tronçon autoroutier du boulevard Champlain qui donnera naissance à la promenade Samuel-De Champlain pour les célébrations du 400e anniversaire de Québec en 2008.


Samuel de Champlain, le fondateur
 

le fondateur de Québec

Explorateur et cartographe, Samuel de Champlain naît à Brouage en Saintonge vers 1570. En 1603, il vient à Tadoussac lors d’une expédition menée par François Gravé du Pont. À cette occasion, il explore une partie de la rivière Saguenay et le Saint-Laurent jusqu’à Hochelaga (Montréal). L’année suivante, il agira comme cartographe dans le voyage fondateur de l’Acadie sous la direction de Pierre Dugua de Mons, lieutenant-général de la Nouvelle-France. C’est ce dernier qui commissionnera Champlain pour venir fonder Québec en 1608. Du 3 juillet de cette année-là jusqu’à sa mort dans la nuit de Noël 1635, il présidera aux destinées de la capitale de la Nouvelle-France.

Samuel de Champlain © Archives nationales du Québec à Québec

Samuel de Champlain
© Archives nationales du Québec à Québec


On l’appellera la promenade Samuel-De Champlain
 

À titre de fondateur de Québec, Champlain voit son nom honoré dans la toponymie et l’odonymie québécoises. Ville, quartier, pont, mer, lac et rues sont nommés en son honneur.

À Québec, une rue Champlain apparaît dès le début du XVIIIe siècle. À la fin de ce siècle, elle correspond à la rue du Petit-Champlain d’aujourd’hui. En 1876, on étend le nom de Champlain à plusieurs rues consécutives ouvertes dans le même axe, ce qui prolonge ladite rue jusqu'à Sillery.

À l’occasion du 350e anniversaire de Québec, en 1958, on annonce la construction prochaine d’un boulevard qui longera le fleuve depuis le pont de Québec jusqu’au port : le boulevard Champlain

En 2008, on emprunte aussi le nom du fondateur de Québec pour nommer la toute nouvelle promenade riveraine.

Vue de la rue Champlain © Archives nationales du Québec

Vue de la rue Champlain
© Archives nationales du Québec à Québec
 

Discours du maire Wilfrid Hamel lors de l’inauguration des travaux de construction du boulevard Champlain, 1961 © Archives de la Ville de Québec

Discours du maire Wilfrid Hamel lors de l’inauguration des travaux de construction du boulevard Champlain, 1961
© Archives de la Ville de Québec