La capitale insolite

Le parc du Cavalier-du-Moulin : témoin méconnu de l'histoire militaire de la capitale

Frédéric Smith

Historien, CCNQ

10 mai 2017

On trouve sur les hauteurs de la ville fortifiée, tout au bout de la jolie rue du Mont-Carmel, un parc public d'à peine 1 500 mètres carrés, vestige de la fortification française du 17e siècle. Il s’agit du parc du Cavalier-du-Moulin, dont le nom évoque deux réalités aujourd’hui disparues.

La colonie a un peu plus d’un demi-siècle lorsque le roi Louis XIV instaure un gouvernement royal en Nouvelle-France, en 1663. La même année, le procureur fiscal et receveur général Simon Denys de La Trinité fait construire un moulin à vent sur sa propriété, à quelques pas du château Saint-Louis, sur une butte appelée « Mont-Carmel ».

Les décennies suivantes sont marquées par la guerre entre les Français et les Iroquois, qui se disputent la traite des fourrures autour des Grands Lacs. Les Anglais sont aussi pris pour cibles, puisqu’ils fournissent les Iroquois en armes. Des forts et des villages sont incendiés, des hommes sont faits prisonniers.

Craignant que Québec ne devienne la cible d’une riposte à la suite du massacre de Lachine, le gouverneur Frontenac fait ériger une palissade en bois du côté ouest de la ville, en 1689. Le major François Provost est responsable du chantier. Onze redoutes de pierre sont reliées par la nouvelle palissade, qui s’étend du palais de l’Intendant jusqu’au cap Diamant, en traversant notamment la propriété des Ursulines.

Le gouverneur Frontenac avait vu juste : dès 1690, les Anglais entreprennent de conquérir la Nouvelle-France depuis les colonies américaines. Si la force d’invasion terrestre doit rebrousser chemin en raison de diverses maladies qui déciment les troupes et des trop nombreuses désertions, la flotte du major général William Phips, partie de Boston avec 32 navires, arrive à Québec en octobre.

Les fameux mots de Frontenac à l’envoyé de Phips seront prononcés et la tentative d’invasion sera repoussée depuis les berges de la baie de Beauport, où mouille la flotte anglaise. La palissade de Provost – comme l’appellent les historiens – n’aura donc pas servi. Mais les Anglais tenteront peut-être leur chance à nouveau.

De sorte que de nouveaux ouvrages défensifs seront construits au cours des années suivantes. En 1693, l’intendant Jean Brochart de Champigny fait construire un cavalier autour du moulin à vent que Simon Denys de La Trinité avait érigé trente ans plus tôt.

Le saviez-vous ? On entend par cavalier une plateforme formée d’un amas de terre pour y dresser des batteries de canons.

Les craintes d’invasion anglaise par le fleuve culminent en 1710 et les autorités de la colonie, dont le gouverneur Philippe de Rigaud de Vaudreuil, retiennent le projet de nouveaux remparts proposé par l’ingénieur Josué Dubois Berthelot de Beaucours. Les travaux sont à peine commencés lorsqu’une rumeur parvient à Québec en 1711 : une flotte anglaise dirigée par l’amiral Hovenden Walker, parti de Boston en direction de Québec, s’est échouée sur les récifs de l’île aux Œufs, à 480 km en aval de Québec.


Le parc du Cavalier-du-Moulin, histoire de Québec
Plan et élévation de la redoute du moulin en 1710. Josué Dubois Berthelot de Beaucourt, 1710, Archives nationales d'outre-mer, France, FR CAOM 3DFC380C.
 

La capitale de la Nouvelle-France l’échappe belle, une fois de plus. Mais l’épisode confirme les velléités anglaises sur la colonie. La Couronne française réagit en envoyant à Québec l’ingénieur Gaspard-Joseph Chaussegros de Léry, chargé de prendre en main la construction du nouveau périmètre fortifié. Il demeurera ingénieur en chef jusqu’à son décès en 1756.

Au fil du temps et des modifications apportées, la ligne des fortifications de Québec se déplacera plus à l’ouest. De sorte que, peu avant le déclenchement de la Guerre de Sept ans en 1756, le cavalier aura perdu à la fois son moulin et sa valeur stratégique.

Aujourd’hui, le parc du Cavalier-du-Moulin représente l’un des plus beaux lieux gérés par la Commission de la capitale nationale du Québec, mais aussi l’un des plus méconnus. Lieu de détente idéal, on y retrouve une vue insoupçonnée et originale sur le Vieux-Québec. Hormis en hiver, ce parc est ouvert tous les jours de 7 h à 23 h. 

Bannière : © CCNQ; Photographe : Paul Dionne

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